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Le renard vu par Toussenel...

 

 (...) Toutes les fois qu'il s'agit de faire un mauvais coup, la mauvaise bête est là. Les moeurs du Renard, curieuses à étudier, sont la peinture exacte de celles d'une foule de civilisés de bas étage, et notamment du voleur à la tire, du filou, de l'escroc, du débitant félon. Si les animaux tiennent jamais boutique, je parie tout ce qu'on voudra que c'est un Renard qui sera premier boutiquier.

Je n'ai jamais dissimulé ma haine et mon mépris pour cette race, j'en ai beaucoup détruit, et je donnerai même, s'il plaît à Dieu, dans un prochain volume les moyens de les détruire tous en moins de deux ou trois ans.

(...)Pourquoi le Renard se marie t-il, tandis que le Chien, qui appartient cependant à la même famille, vit dans le célibat ? (...) Le Chien ne se marie pas, parcequ'il est exclusivement titré en ambition et en amitié, c'est à dire que le Chien a une destinée de dévouement et d'utilité sociale à accomplir, et qu'il ne convient pas aux intérêts de l'espèce humaine, reine du globe, que le Chien soit distrait de ses occupations d'ordre supérieur par les soucis de famille. Le Chien doit être prêt à suivre l'homme en tous lieux, à toute heure, prêt à verser son sang pour lui jusqu'à la dernière goutte. Or, le ménage famillial, surtout le morcelé, est celui du Renard (chacun son trou), est la pierre angulaire de l'égoïsme et le tombeau du dévouement. (...)

Le Renard, qui vit de rapine et de maraude, et dont l'homme ne peut tirer parti pour l'embellissement du globe, le Renard, race infime condamnée à disparaître un jour de la surface de la terre, peut se marier sans qu'il en résulte un grand mal pour l'humanité. (...)

La Renarde est pleine de tendresse et de soins vigilants pour ses petits ; elle quitte peu le terrier dans leur première enfance ; elle les guide à leur début dans la carrière du vol ; elle leur enseigne avec amour les ruses du métier. (...)

J'ai élévé plusieurs fois des renards que j'avais ravis à l'amour de leurs parents dès l'âge le plus tendre. Je ne veux pas dire que je n'ai jamais eu d'agrément avec eux dans le cours de leur éducation ; seulement je suis forcé de convenir qu'avec ces bêtes-là les relations d'amitié finissent toujours mal. Le Renardeau ne manque ni d'esprit ni de scélératesse, au contraire ; malheureusement, il est impossible de compter sur sa parole et de se fier à ses antécédents. L'éducation la plus soignée demeure impuissante contre les suggestions incessantes d'un naturel dissimulé et perfide et trop porté d'amour pour la volaille. La dissimulation, voilà le vice qui ternit toutes les qualités du Renard. Au surplus, sa physionomie n'est pas trompeuse, et la perfidie est écrite en caractères gros et lisibles dans son regard en dessous, dans sa démarche quasi-boîteuse, serpentine et oblique. (...) Défiez-vous de ces regards étroits et louches qui brûlent d'un feu sombre, comme le regard de la vipère, emblème de la calomnie. Le bon Dieu est un puissant physionomiste, vous ai-je dit, qui a voulu que les grands yeux fussent le miroir d'une âme innocente et candide. Le Mouton, le Boeuf, la Gazelle, le Cerf, le Lièvre ont reçu de grands yeux. Vous pouvez lire le dévouement et la loyauté dans le regard intelligent du Chien. La plus noble et la plus admirable créature qui soit sortie des mains du créateur, la Femme, type supérieur de l'ange, lève aussi vers le ciel de grands yeux veloutés et tendres dont le cristal azuré reflète la candeur de son âme. (...) Le Renard est donc le type du sournois et du tendeur de pièges."

Alphonse TOUSSENEL

in L'esprit des bêtes, Hetzel, Paris, 1868

 

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