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De la chasse au renard

Une chasse qui n'a plus réellement de raison d'être...

 

Animal magnifique, manifestant une capacité d'adaptation hors du commun, le renard est connu de tout un chacun. Mais les avis divergent à son égard. Si certains comme Jean de la Fontaine célèbrent son supposé caractère rusé, d'autres s'évertuent à y voir un animal sournois, lâche, fourbe, voleur, tueur invétéré de poules et responsable de la disparition du petit gibier.

Les propos savoureux d'Alphonse Toussenel [1], reflets d'une époque, de préjugés, de croyances populaires et de clichés somme toute pas encore disparus, illustrent parfaitement cette perception négative.

Une perception négative partagée presque universellement puisqu’un peu partout sur le globe les renards sont impitoyablement pourchassés et massacrés. L’impressionnante panoplie de moyens déployés se passe de commentaires : piégeage [2, 3], empoisonnement (*), tir à l’arc ou à l’arme à feu, déterrage [4], gazage, chasse à courre…

"On le prend facilement à tous les pièges, au rejet, au traquenard ; on l'empoisonne avec les gobes, boulettes de viande assaisonnées de noix vomique. Je conseille pour ce procédé l'emploi de la taupe saturée de strychnine."

Alphonse Toussenel


Faut-il donc que Goupil soit une véritable calamité pour susciter autant de passions funestes à son égard !

Pourtant, à y regarder de plus près, il semblerait que la mauvaise image du renard relève plus d'une méconnaissance persistante de l'espèce et d'une imagerie populaire surannée que d'éléments concrets.

J'ai voulu développer ce point de vue ici de façon résolument non partisane, sans verser dans un sentimentalisme béat ni dans un fondamentalisme anti-chasse primaire.

A - Le renard, un nuisible qu’il convient de chasser ?

 

Nuisible :

(…)Animaux nuisibles : animaux parasites, vulnérants ou destructeurs (d’animaux ou de végétaux utiles). N.m. Autorisation de chasser les nuisibles, « la lutte biologique contre les nuisibles ».

Le Petit Robert

Nuisible. Voici un mot dont la signification mérite d'être approfondie !

Quoique la définition du Petit Robert présentée ci-contre reflète parfaitement l'acception commune du terme, il demeure quand même sidérant que cette dichotomie "animaux utiles / animaux nuisibles" perdure encore aujourd'hui, sans la moindre mention de son caractère purement subjectif.

Même les textes officiels consacrent toujours cette appellation. Il n'est pourtant aucun scientifique qui ne la conteste, tant elle se rapporte à un point de vue strictement anthropocentrique. Le qualificatif de nuisible que l'on attribue fréquemment au renard résulte en effet de son statut de concurrent de l'homme vis à vis de certaines activités dont l'élevage aviaire et la chasse au petit gibier.

1 - Elevages aviaires et prédation

La prédation des oiseaux de basse-cour représente sans conteste la première, et la plus ancienne, des raisons citées pour justifier la chasse au renard.

Jadis, en effet, la population de nos contrées était essentiellement rurale et l'élevage de volailles qui participait tant bien que mal à sa subsistance était à la fois de type familial et de plein air. La conception même des poulaillers n'assurait qu'une protection relative de ses occupants. Aussi peut-on comprendre le désarroi des paysans face à une attaque en règle des dits poulaillers, et l'importance des conséquences familio-économiques qu'elle pouvait engendrer. Conséquences d'autant plus importantes qu'il était reproché à Goupil de tuer plus de volatiles qu'il n'était susceptible d'en emporter. Pour toux ceux qui ont pu constater l'hécatombe que laisse parfois derrière lui le renard, le reproche n'est pas dénué de vérité. L'explication du phénomène résulte cependant par le comportement anormal aux yeux du prédateur d'oiseaux maintenus en captivité et qui ne se rencontre guère dans la nature : grande concentration de proies en un même endroit, possibilité de fuite insuffisantes, comportement panique durant l'agression... enfin tout ce qu'il faut pour encourager le renard à donner de la dent à tout ce qui bouge.

Actuellement, le paysage agricole a bien changé. Le nombre d'exploitations a connu une chute vertigineuse tandis que la spécialisation s'est fortement accrue. Et les matériaux d'aujourd'hui, associés à un peu de bon sens, permettent de rendre inopérantes les ruses du renard à pénétrer les poulaillers correctement construits. Structures en "dur", grillage suffisamment haut, couvrant et partiellement enterré suffisent bien souvent à se prémunir de toute attaque fructueuse.

Par ailleurs, les agressions de poulaillers sont bien souvent de manière excessive imputées au renard. Oublierait-on les méfaits que peuvent occasionner certains chiens errants ?

2 - Prédation du petit gibier

S'il est vrai que le renard se régale parfois de perdreaux ou de jeunes lapins, il serait faux de le rendre seul responsable de la raréfaction du petit gibier en France. Raréfaction toute relative par ailleurs, puisqu'en bien des régions, les populations de perdreaux sauvages ou de lièvres se portent remarquablement bien.

Si certaines catégories de petit gibier ont connu une baisse importante de leurs effectifs ici et là, il apparaît plutôt que ce soit le résultat conjoint de nouvelles pratiques agricoles, d'une densification du réseau routier et de la circulation automobile, de l'urbanisation galopante qui touche bien des régions.

La spécialisation de l'agriculture, la baisse de diversification des cultures et le recours aux pesticides sont en grande partie responsables de la situation observée.

Pour ne prendre qu'un exemple, le perdreau gris était auparavant abondant en Bretagne. L'intensification de la culture du maïs, la raréfaction drastique de celle des betteraves, des haricots, le remembrement, ont conduit à une modification importante des biotopes, moins favorables actuellement à ce petit gibier. L'usage exagéré des pesticides nuit à la survie des jeunes perdreaux, exclusivement insectivores au début de leur existence. D'aucuns accuseront aussi la chasse de contribuer significativement à ce déclin en raison d'une pression excessive. S'il est certain que l'atomisation des sociétés de chasse, leur structure souvent communale, le désintérêt de bien des exploitants agricoles bretons pour la gestion de la faune et une mentalité encore trop "viandarde" rendent difficile une démarche à grande échelle, ce serait pourtant raisonner de manière trop lapidaire. Outre la décroissance constante du nombre de chasseurs et des périodes chassables depuis plusieurs décennies, qu'en de nombreux lieux aient été institués des carnets de prélèvement, rien n'y fait. Les effectifs de perdreaux ne reviennent pas pour autant, et les chasseurs apparaissent plus victimes que responsables.

Plutôt que de poser le problème "à plat", d'en dégager un diagnostic rigoureux et d'envisager des mesures ad hoc, la tentation est alors bien grande de "réguler" intensivement les prédateurs, tels le renard, et de "repeupler" les campagnes en gibier dans l'espoir hypothétique que la situation s'améliorera. L'expérience montre que ce remède est vain, et qu'il n'a apporté aux chasseurs ni le gibier convoité, ni une amélioration de leur image de marque.

Les études relatives au comportement du renard nous apprennent toutes en effet que, d'une part, seules les femelles dominantes sont reproductrices et que, d'autre part, le taux de reproduction est étroitement corrélé à la disponibilité des ressources alimentaires sur le territoire. Les "vides" de populations vulpines sont par ailleurs automatiquement comblées par l'implantation d'individus errants non fixés, ou par un déplacement de populations périphériques. Ainsi donc, nonobstant le fait que le petit gibier ne constitue qu'une part mineure de l'alimentation du renard, la multiplication des battues administratives à son encontre n'ont que peu d'impact et sur les populations de renards et sur les populations de petit gibier.

Il est d'ailleurs assez intéressant de comparer les cartes issues des données de l'ONCFS et relatives aux prélèvements ou répartitions du renard et du petit gibier [5].

Si l'on considère le cas de la répartition de la perdrix grise en France et les prélèvements de renards, l'on s'aperçoit que, grosso-modo, les densités de perdreaux ne sont pas les plus importantes là où les abattages de renard sont les plus nombreux.

En effet, si l'aire de répartition de la perdrix grise couvre normalement la moitié nord de la France, elle apparait en fait concentrée sur le bassin parisien, l'Orléanais et la Picardie, cette situation n'ayant pas varié depuis plus de 20 ans.

En Bretagne, la raréfaction de la perdrix est intervenue depuis la fin des années 60. Malgré une pression cynégétique intense sur le renard, la situation n'a pas évolué depuis.

Localement, il n'est cependant pas exclu qu'une régulation importante des populations vulpines modifie sensiblement à la hausse les effectifs de petit gibier. Le numéro 10 du Magazine du piégeur [6] titre une rubrique "Moins de renards, plus de gibiers !" et relate une étude suédoise selon laquelle une épidémie de gale décimant les renards entre 1983 et 1988 avait entraîné une chute de leurs prélèvements de 50 000 à 6000 par an. Pendant le même temps, les prélèvements de grands tétras avaient augmenté de 600 à 2500, tandis que ceux de chevreuils était multipliés par 4. La corrélation semble établie, mais l'opposition des chiffres est également intéressante : - 44 000 renards / + 1900 tétras. Visiblement, le renard ne consomme pas que du tétras...

Une étude aux conclusions quelque peu différentes a été conduite par Kauhala et al [7] en 2000. Ces auteurs ont étudié l'impact de la régulation ou du maintien des prédateurs (renard, raton-laveur, martre) sur le taux de reproduction et la densité des populations de tétras en Finlande. Ils ont démontré que si le taux de reproduction de ces oiseaux était supérieur dans dans les zones soumises à une régulation intensive de prédateurs, l'impact de cette dernière sur les populations de tetras adultes n'était pas manifeste.

La véritable question qui se pose est en fait celle des équilibres naturels. Désirons-nous modifier ou perturber significativement ceux-ci afin d'accroître artificiellement certaines populations de gibier ? La question reste ouverte et légitime, mais baser une réponse positive sur la seule régulation de prédateurs risque fort d'être insuffisant.

Le recours massif au gibier de repeuplement associé au tir des prédateurs s'avère également souvent une fausse bonne idée. Hormis quelques expériences fructueuses basées sur la capture et la réintroduction d'individus sauvages dans des biotopes adaptés et des réserves de chasse étendues, cette méthode est souvent décevante : gibier inadapté à la vie sauvage, problèmes de polution sanitaire et génétique, image dégradée [8]. Et reprocher au renard de profiter d'une telle manne alimentaire facile à capturer frise la malhonnêteté intellectuelle quand certains chasseurs se félicitent de la prise d'un oiseau lâché quelques jours ou quelques heures auparavant ! Pourquoi reprocher à l'un et pas à l'autre le choix de la facilité ?

 

3 - Prédation du grand gibier

Lorsque les proies habituelles du renard viennent à manquer, on peut parfois observer un phénomène de prédation alternative vis à vis de faons de chevreuil [9].

Selon une étude menée en Suède par par Jarnemo et al. [10] pendant 14 ans, le taux de mortalité des faons serait en moyenne de 42 % dont près de 80 % imputables au renard roux. La majorité (85 %) des faons tués le sont avant l'âge de 30 jours et 98 % avant l'âge de 40 jours.

Si les chiffres paraissent importants, ce comportement de prédation ne met pourtant nullement en danger les populations de cervidés européennes, presque partout en expansion, et ne peut en l'occurence servir à lui seul de paravent à une chasse généralisée du renard.

 

4 - Autres cibles de prédation

Dans certains cas, d'autres types de prédation ont été recensés, vis à vis d'agneaux par exemple. L'impact réel demeure délicat à mesurer, mais demeure probablement très faible et n'est que rarement cité en France comme justificatif de la chasse au renard.

Plus gênante est la prédation résultant de l'introduction du renard dans des biotopes d'où il était originellement absent - comme en Australie - et source de dégâts sérieux à la faune locale [11]. Une régulation des populations s'avère dans ce cas utile afin de préserver les équilibres écologiques.

Il n'est pourtant pas aussi facile qu'on peut le croire de prime abord d'appréhender cette notion d'équilibre naturel et le rôle qu'y jouent les prédateurs. Dans la plupart des cas, la prédation est de type "additif" à la mortalité naturelle, mais il peut arriver qu'elle ne concerne qu'un excédent de population comme le souligne une étude menée par Banks en Australie [12]. Dans ce cas de figure, la régulation du prédateur n'entraîne aucun accroissement des effectifs des espèces prédatées.

Par ailleurs, la préservation des équilibres naturels oblige parfois à des choix corneliens, au point de parfois aboutir à la destruction volontaire d'une espèce protégée pour en sauver une autre ! Sur l''île de Santa Cruz en Californie, les autorités ont ainsi été confrontées à la problématique de destruction d'aigles royaux... pour sauver le renard indigène [13].

D'autres cas de prédation ont été maintes fois cités envers des colonies d'oiseaux, notamment en bord de côte ou sur certaines îles. Lorsque les faits sont avérés, réguliers et qu'ils sont susceptibles de mettre à mal certaines populations nicheuses, il peut être envisagé de procéder à une régulation par tir sélectif, sans toutefois aboutir à un "niveau zéro". Mais il apparaît souhaitable que ces opérations fassent suite à des études préalables d'impact faunistique.

 

B - Le renard, victime de la chasse "tradition" et "plaisir"

 

"Tradition"... Il s'agit probablement de l'argument le plus discutable justifiant la poursuite d'une activité, quelle qu'elle soit, et responsable des comportements les plus réfractaires à toute évolution.

Le renard est chassé depuis des temps immémoriaux, tant pour son rôle de prédateur des basse-cours que par simple habitude. Et la raréfaction du petit gibier en plusieurs endroits transforme aussi ce canidé en gibier de tir de remplacement, même si tous les chasseurs ne le tirent pas.

La vénerie au renard relève également plus de la tradition et du plaisir de la chasse que du contrôle des populations. Une étude a été menée dans le Wiltshire (Grande-Bretagne) [14] auprès de 220 exploitants agricoles et 13 propriétaires de meutes à propos de la façon dont ils percevaient le renard et sur les moyens de réguler ses effectifs. Si les deux-tiers des individus interrogés ne percevaient pas le renard comme "nuisible", la plupart considéraient quand même ses populations trop nombreuses et une régulation indispensable. Là où le renard occasionnait des dégâts, son éradication s'opérait à tir, et peu à courre. Ce dernier type de chasse n'intervenait surtout que dans les propriétés où les renards étaient moins nombreux ou étaient perçus de façon moins négative. Les auteurs en concluent que, outre sa faible efficacité à la réduction des populations vulpines (5 %), la chasse à courre relève plus d'une distraction que d'un moyen efficace de régulation d'effectifs.

En France, le faible nombre d'équipages existants - une centaine - et la modicité des prélèvements effectués - environ 400/an - [15] laisse supposer que l'exercice de la vénerie au renard relève elle aussi plus d'une recherche de plaisir que d'une volonté d'efficacité.

 

C - Chasse au renard et lutte contre les anthropozoonoses

1 - La rage

"Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage". De ce célèbre proverbe, je n'ai pu m'empêcher de me poser la question suivante : qui veut tuer Goupil l'accuse t-il d'en être le vecteur ?

La rage [16, 17] est une zoonose virale, accidentellement transmissible à l'homme par la salive des animaux enragés. Le plus souvent cette contamination s'opère par morsure, mais elle peut aussi être occasionnée par griffure ou léchage. Indépendamment des progrès médicaux, cette pathologie est constamment fatale dès sa déclaration.

Les réservoirs naturels sont multiples (loup, raton-laveur, mangouste, chauve-souris...) et le chien constitue le principal d'entre eux au monde. En Europe toutefois, la transmission de la rage est essentiellement assurée par le renard roux depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Cela a valu à ce canidé une intense campagne de destruction (chasse, piégeage, empoisonnement) afin d'éradiquer la pathologie. Longtemps on a en effet pensé qu'une diminution de la densité vulpine limiterait les contacts entre individus et donc la transmission du virus rabique. La dynamique de reproduction du renard a déjoué ce plan, et affiché au grand jour l'inutilité des méthodes employées.

A partir de 1986, la stratégie de lutte contre la rage s'est orientée vers la vaccination des renards au moyens d'appâts contenant une souche atténuée du virus rabique ou un virus recombinant vaccine-rage. Ceux-ci sont disséminés manuellement ou largués par voie aérienne à une densité voisine de 15 au km2 [18]. La vaccination est le seul procédé efficace d'éradication de la rage et le seul responsable de la disparition totale de la pathologie en France et en Belgique [19, 20].

Il n'y a donc en l'occurence aucune raison actuelle de pourchasser le renard en tant que vecteur potentiel de la rage, une veille épidémiologique s'avèrant néanmoins nécessaire en cas de réapparition de la pathologie. Dans ce contexte, l'Entente Rage et Zoonoses (ERZ) [21] à laquelle appartiennent près de la moitié des départements français, réalise des échantillonages de population vulpine par tir sélectif de nuit et procéde aux analyses adéquates. Exécutés par des professionnels assermentés, ces actes de prélèvement limités ne peuvent être considérés comme des actes de chasse, mais comme les corollaires indispensables à une politique d'épidémiosurveillance rigoureuse.

2 - L'échinoccocose alvéolaire

L'échinoccocose alvéolaire [22] est une pathologie rare - environ une dizaine de cas par an en France -, mais dont les conséquences peuvent être gravissimes - voire létales - pour l'homme. L'agent responsable est un petit ver plat (2 - 5 mm de long) connu sous le nom d'Ecchinococcus multilocularis ou plus communément "ver du renard". Ce ver parasite à l’état adulte certains carnivores, le renard, le chien et le chat en particulier.

L'homme se contamine de façon accidentelle par contact avec des animaux infestés ou des matières souillées (sol, baies, végétaux) par les déjections. La pathologie est d'évolution lente et les symptômes cliniques, évocateurs d'une atteinte hépatique, n'apparaissent pas avant plusieurs années. La maladie nécessite la plupart du temps un traitement à vie et une surveillance continue des patients.

Faut-il abattre le renard pour se prémunir de cette pathologie, potentiellement très grave reconnaissons-le, mais d'occurence faible ? Ce serait raisonner un peu vite pour trois raisons :

Tout d'abord, le risque réel provient surtout des chiens et chats et de leurs rapports affectifs avec l'homme, d'autant plus que la parasitose est asymptomatique chez ces animaux. Les individus infestés, se léchant l'anus puis le pelage peuvent être source de contamination directe de la personne qui les caresse. Le contact direct entre renards et humains ne concerne qu'une frange particulière de la population (chasseurs, piégeurs, forestiers);

Ensuite, le risque de contamination indirecte, via des substances souillées par les déjections, peut être minimisé par l'application de mesures d'hygiènes élémentaires (éviter de consommer des baies sauvages, se laver les mains régulièrement, éviter l'accès des chiens et chats aux bacs à sables urbains, etc) bien plus efficaces qu'une régulation des populations vulpines ;

Enfin, cette dernière risque plutôt d'accroître la diffusion géographique de l'affection au lieu de la minimiser, en favorisant les migrations des populations de renards.

 

D - Autres motivations de la chasse au renard

1 - Salubrité urbaine

Le renard a colonisé depuis plusieurs années bien des banlieues urbaines et des villes. La grande abondance de déchets alimentaires anthropogéniques pourrait expliquer cette situation [23]. Aussi les dérangements occasionnés par les renards (glapissements, fouille des poubelles, crottes...) peuvent amener à lutter contre leur présence en ces zones en le déclarant "nuisible".

La présence de renards (ou de chiens d'ailleurs) fouillant les poubelles n'est sans conteste pas une preuve ni un label d'hygiène publique, mais il n'est pas certain que la lutte contre les renards soit la première mesure à prendre ni la plus efficace...

2 - Commerce de la fourrure

La France est peu concernée par ce phénomène qui peut par ailleurs générer un chiffre d'affaires substantiel. Au Canada, la vente des fourrures de renards piégés aurait représenté en 2001-2002 un CA de près de 0,9 million de dollars pour 18434 unités [24, 25].

A l'époque actuelle le commerce des fourrures apparait très discutable et ne justifie pas non plus une persécution du renard dans ce but.

3 - Consommation

Rarissime, elle est présentée ici à titre anecdotique.

 

E - Conclusion

En dépit de croyances populaires tenaces, le renard n'est ni le tueur invétéré de poules que l'on présente trop souvent, ni le responsable de la raréfaction du gibier en France ou en Europe. S'il constitue sans conteste un vecteur important de la transmission de la rage ou de l'échinoccocose alvéolaire, son abattage massif ne règle rien pas la disparition de ces maladies. A l'heure où la biodiversité est si gravement menacée ici et là dans le monde, ne vaut-il pas mieux laisser notre sympathique carnivore vivre en paix ? D'autant plus que cette proposition provient d'un ... chasseur (occasionnel) !

 

(*) La destruction du renard par empoisonnement est prohibée en France depuis 1982.

 

Quelques ouvrages traitant de la chasse au renard
  1. Pratt, John R. I. Three hundred years of foxhunting in South and West Wiltshire. Berkswell, Warminster, 1990. Histoire de la vénerie du renard dans le Wiltshire.
  2. Smith, Thomas. The life of a fox written by himself. Arnold, Londres, 1926. Les aventures et mésaventures d'un renard chassé à courre.

 

Références
  1. Toussenel, A. L'esprit des bêtes, Hetzel, Paris, 1868.
  2. Association des piégeurs agréés de Savoie
  3. UNAPAF : Union nationale des associations de piégeurs agréés de France
  4. Club du Jack Russel Terrier : chasse au renard
  5. Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS)
  6. Le magazine du piégeur - n°10 - Mars - Avril - Mai 2005
    Les Mazes - BP 12 - 30260 QUISSAC
  7. Kauhala K.; Helle P.; Helle E. Predator control and the density and reproductive success of grouse populations in Finland. Ecography, April 2000, vol. 23, no. 2, pp. 161-168(8)
  8. ANCER - Association Nationale pour une Chasse Ecologiquement Responsable
  9. Kjellander P.; Nordström J. Cyclic voles, prey switching in red fox, and roe deer dynamics – a test of the alternative prey hypothesis. Oikos, May 2003, vol. 101, no. 2, pp. 338-344(7)
  10. Jarnemo A.; Liberg O.; Lockowandt S.; Olsson A.; Wahlström K. Predation by red fox on European roe deer fawns in relation to age, sex, and birth date. Canadian Journal of Zoology, 1 March 2004, vol. 82, no. 3, pp. 416-422(7)
  11. Kinnear JE, Sumnerb NR and Onusa ML.. The red fox in Australia - an exotic predator turned biocontrol agent. Biological Conservation, 2002, 108, 3, pp 335-359
  12. Banks PB. Predation by introduced foxes on native bush rats in Australia: do foxes take the doomed surplus? J. Appl. Ecol., 1999, 36, 6, pp. 1063-1071
  13. CNRS - Communiqué du 28 novembre 2003 : Renards, aigles et cochons des îles californiennes… éliminer une population protégée pour en sauver une autre.
  14. Baker SE and Macdonald DW. Foxes and foxhunting on farms in Wiltshire: a case study. Journal of Rural Studies, 16, 2, April 2000, pp 185-201.
  15. Chasses du monde : la vénerie du renard
  16. The Merck Veterinary Manual : Rabies – introduction
  17. CNRS : Rage
  18. Flamand A. La vaccination orale contre la rage, bilan et perspectives. Virologie, 1997, 1, 2, pp 91-93
  19. Institut Pasteur : Actu-Presse / La rage
  20. Brochier B. et al. Elimination de la rage en Belgique par la vaccination du renard roux (Vulpes vulpes). Ann. Méd. Vét., 2001, 145, 293-305.
  21. Entente Rage et Zoonoses (E.R.Z.)
  22. Ministère de la santé : l'échinoccocose alvéolaire
  23. Contesse P., Hegglin D., Gloor S., Bontadina F., and Deplazes P. The diet of urban foxes (Vulpes vulpes) and the availability of anthropogenic food in the city of Zurich, Switzerland. Mammalian Biology, 2004, 69, 2 , pp 81-95
  24. Ressources Naturelles et Faune Québec - Piégeage : des exportations de 160 $M
  25. Clan des loups : piégeage au Québec

 

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