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Renard roux

Vulpes vulpes

Pendant des siècles, à cause de sa prétendue propension à tuer les volailles, le renard a été impitoyablement pourchassé et massacré. Dans l'imagerie populaire il est décrit comme rusé et voleur. Mais, hormis ces images d'Epinal, les gens le connaissent-ils vraiment ?

Pour commencer, un peu d'étymologie...

Lorsque paraît au XIIIe siècle le Roman de Renart, l'ancien français n'utilise que le terme de goupil pour désigner le renard.

La renommée de cette oeuvre dans laquelle un goupil s'appelle Renart - terme issu du francisque Reginhart -, aboutira à rendre désuète l'appellation goupil et à lui substituer celles de renart, puis renard.

Description physique

1 - Dimensions

Le renard roux mesure environ 70 cm de la tête à la queue, celle-ci atteignant une longueur de 30 à 40 cm. La hauteur au garrot avoisine les 35 - 40 cm.

2 - Masse

4 à 10 kg (Les mâles adultes pèsent assez fréquemment 8 à 10 kg)

3 - Coloration

Bien que la couleur dominante de la robe du renard soit le plus souvent d'un beau roux-acajou (couleur fauve), elle peut varier du jaune-sable au brun très foncé. Dans certains cas, la couleur de la fourrure peut être si sombre qu'on qualifie le renard de "charbonnier".
La face inférieure du corps est blanche, blanchâtre ou cendrée.
La queue, touffue, possède un pinceau généralement blanc, parfois noir.
La face postérieure des oreilles et le bas des pattes sont noirs ou brun très foncé.Les yeux de couleur ambrée chez les adultes, possèdent une pupille elliptique conférant au regard une expression particulière.
La truffe est de couleur noire.

4 - Dimorphisme sexuel

Faible. Les mâles sont un peu plus massifs que les femelles.

 

Répartition géographique

Répartition du renard rouxL'aire de répartition du renard roux couvre presque toute l'Eurasie et l'Amérique du Nord à l'exception de certaines îles (Chypre, Malte, Crète, Baléares...). Quelques populations existent aussi en Afrique du Nord, dans l'Atlas, mais aussi en Australie où il a été introduit en 1870 pour lutter contre la prolifération des lapins.

En France, on le rencontre partout, jusqu'à l'altitude de 2500 mètres.

Habitat

Témoignant d'une remarquable capacité d'adaptation, le renard roux se rencontre et vit dans une grande diversité de milieux naturels (campagne, bois et forêts, côtes, semi-déserts…). Dans nos régions il manifeste une certaine préférence pour les milieux semi-ouverts de type bocages, taillis, petits bois.

On le rencontre aussi de plus en plus dans les zones péri-urbaines, voire urbaines.

Comportement

1 - Comportement territorial

Renard roux (Vulpes vulpes)

Les renards vivent sur des territoires qu'ils marquent à l'aide d'urine ou de fèces et dont la superficie varie en fonction de la disponibilité des ressources alimentaires (en général de quelques centaines d'hectares à quelques km2).

Il peut arriver que plusieurs fois dans l'année, les territoires de différents renards se recoupent partiellement, mais en règle générale ils sont bien défendus.

2 - Comportement social

En dehors de la période de reproduction, le renard est un animal plutôt solitaire. Lorsque son territoire vital est prospère, il peut néanmoins vivre en couple ou en petits groupes toute l'année. Les groupes sont en général formés d'un mâle et d'une femelle dominants, et de dominés (une ou deux femelles adultes et les petits du tandem dominant).

A l'automne, les renardeaux quittent le territoire pour s'installer sur des territoires vacants ou intégrer un groupe social, et ce à des distances très variables (1 - 30 km.). Certaines jeunes femelles peuvent cependant demeurer sur le territoire de leur naissance et intégrer le groupe social de renards dans lequel elles occuperont une position subalterne.

A côté de ces populations vulpines résidantes peuvent aussi exister des renards itinérants, non encore fixés, et prêts à occuper toute place qui viendrait à se libérer.

3 - Comportement individuel

Le renard mène généralement une activité nocturne ou crépusculaire, mais il n'est pas rare de l'observer en plein jour, surtout si l'environnement est calme ou encore à l'époque du rut.

Alimentation

A l'opposé de sa réputation populaire de "tueur de poules", le renard fait preuve d'un grand éclectisme dans son régime alimentaire. Il consomme ce qu'il trouve et ce qu'il est susceptible d'attraper en fonction des saisons et du biotope dans lequel il vit. En dépit d'une denture typique d'un carnassier (I 3/3, C 1/1, PM 4/4, M 2/3), le renard se comporte donc souvent comme un omnivore et un généraliste opportuniste.

La profonde diversification de son régime alimentaire constitue un important facteur d'adaptabilité :

Petits mammifères (mulots, campagnols, lapins)

Selon leur abondance, les petits mammifères peuvent représenter une proportion abondante du régime alimentaire du renard. Il est très fréquent de voir celui-ci "muloter" dans les chaumes, juste après la moisson, et effectuer des bonds caractéristiques pour attraper les proies qu'il localise à l'ouie.

Le renard consomme aussi des lapins de garenne, surtout ceux qui sont affaiblis ou malades.

Vers de terre

Comme l'avaient depuis longtemps rapporté de nombreux naturalistes, il est maintenant établi que le renard affectionne les vers de terre.

Oiseaux, oeufs et couvées

En général, les oiseaux constituent des proies occasionnelles car difficiles à capturer. La prédation du renard se concentre ainsi sur les les espèces nichant au sol et leurs couvées, ainsi que les oiseaux dits "de tir" (perdreaux, faisans). Ceux-ci constituent des proies d'autant plus faciles qu'ils proviennent de lâchers et qu'ils sont, par opposition aux individus nés en liberté, peu adaptés à la survie en milieu naturel.

Insectes

Le régime alimentaire du renard comprend beaucoup d'insectes, surtout les coléoptères (ex. lucanes, scarabées), orthoptères (sauterelles) et lépidoptères (papillons).

Baies et fruits

Les baies et fruits font l'objet d'une consommation fréquente et régulière, et ce d'autant plus qu'ils sont sucrés (ex. raisin).

Charognes

Outre les animaux morts naturellement, le renard trouve également à se rassasier des nombreux cadavres d'animaux victimes d'accidents de la route.

Placenta de bétail

A l'instar des déchets animaux (dépouilles), le renard ne dédaigne pas consommer les placenta de bétail lorsqu'il en trouve. Ces occasions sont d'autant plus fréquentes qu'en de nombreuses régions, l'élevage se fait totalement en plein air et que les mises bas se passent dans les champs.

L'appétit de notre canidé pour ce genre de "restes" le consuit d'ailleurs parfois à sa perte, certains agriculteurs ou chasseurs utilisant ces sous-produits animaux pour appâter et piéger les renards.

Ordures ménagères

La profusion des ordures ménagères en zone urbaine ou péri-urbaine attire de plus en plus les renards, intéressés par une noriiture à la fois abondante et facile.

 

Traces et indices de présence

1 - Terrier

Le renard n'est pas un excellent fouisseur et occupe souvent des terriers initialement creusés par des blaireaux. Ils peut même lui arriver de partager son terrier avec l'un de ces derniers.

La localisation du terrier est extrêmement variable. En général il se trouve au coeur de talus, de ronciers ou de haies mais parfois aussi sous des tas de bois ou de souches, dans des remblais d'autoroutes ou de voies de chemin de fer, au voisinage des décharges sauvages, ou même dans des jardins.

La distinction entre un terrier de renard (ou occupé par un renard) et celui d'un blaireau est aisée :

 
Renard
Blaireau
Gros tas de déblais à l'entrée
Non
Oui
Gouttière d'accès
Non
Oui
Sentes omnidirectionnelles multiples depuis la gueule du terrier
Non
Oui
Excréments ou reliefs de repas près de l'ouverture du terrier
Oui
Non
Odeur forte, musquée
Oui
Non

2 - Crottes ("laissées")

Dimensions : 5-10 cm x 2 cm

La couleur et la composition des laissées peuvent parfois renseigner sur les types d'alimentation qui en sont à l'origine. Par exemple :

  • Blanchâtre --> coloration due aux os des proies dévorées ;
  • Violettes, noires --> Mûres, myrtilles ;
  • Présence de noyaux de fruits (merises) ou d'akènes (mûres).

3 - Empreintes

Empreinte de renard roux (Vulpes vulpes)Sur terrain convenable, les empreintes de renard laissent apparaître 4 pelotes digitales et une grande pelote plantaire.

Leur taille approximative est de : L 5-6.5 cm x l 3.5-5.5 cm.

Il est facile de distinguer les empreintes de renard par rapport à celles du chien. Outre le fait que les premières sont nettement plus allongées, la distinction s'opàre bien en reliant d'un trait les extrémités antérieures des pelotes latérales :

Chez le renard, le trait se situe sous l'extrémité postérieure des pelotes médianes.

Chez le chien, le trait coupe franchement les pelotes médianes.

4 - Coulées

Le renard laisse peu de coulées, car il s'agit d'un animal qui explore les moindres recoins de son territoire. Cela ne l'empêche cependant pas d'emprunter régulièrement celles laissées par d'autres espèces (chevreuil, par exemple) ainsi que les sentiers, chemins et autres routes.

 

Reproduction

Dès sa maturité sexuelle à 10 mois, le renard se reproduit une fois par an. La saison de reproduction s'échelonne typiquement de janvier à février avec cependant quelques variations géographiques :

  • Europe septentrionale : février - mars
  • Europe occidentale et méridionale : décembre - février
  • Europe centrale : janvier - février

La femelle est en chaleurs pendant un à six jours et il n'est pas rare de la voir suivie à cette occasion par plusieurs mâles. Quoiqu'elle puisse s'accoupler avec plusieurs partenaires, elle n'en choisira qu'un seul pour l'aider à élever les renardeaux. L'accouplement lui-même dure une vingtaine de minutes et est souvent accompagné de manifestations vocales.

Sur un territoire donné, le nombre de femelles procréatrices et le nombre de petits sont étroitement corrélés à la richesse alimentaire disponible. En règle générale la renarde donne naissance à 3 - 8 petits au bout d'une période de gestation de 51 - 53 jours. En France, les naissances interviennent pour la plupart vers mi-mars ou fin-mars.

Les renardeaux naissent sourds, aveugles, revêtus d'un duvet gris et pèsent de 50 à 150 grammes. Ils n'ouvrent les yeux qu'au bout de 9 - 14 jours.

Jeux d'adolescents

Dès la troisième semaine, ils commencent à consommer des aliments solides et sont définitivement sevrés à 4 - 6 semaines. C'est l'âge à partir duquel ils réalisent leurs premières excursions hors du terrier.

Les renardeaux seront totalement indépendants vers l'âge de 4 mois et séjourneront sur le territoire familial jusqu'à l'automne.

Dynamique de population

A la lumière des études relatives à cette thématique, il apparaît que ce sont les réserves de nourriture disponibles sur un territoire qui conditionnent le nombre de femelles reproductrices et le nombre de petits des portées. Il apparaît donc vain de multiplier le nombre de battues administratives une année durant pour se débérrasser des renards, sachant que l'année suivante un phénomène de compensation naturel sera mis en oeuvre.

Par ailleurs, l'élimination du mâle ou de la femelle dominants d'un territoire sera vite comblé soit par l'ascension sociale d'un renard du même groupe, soit par la venue et l'installation d'un individu itinérant, jusqu'à là sans territoire fixe.

Prédateurs

Hormis l'homme, il n'existe pas en France de prédateur du renard. La prédation effectuée par les loups, lynx, aigles royaux ou ours (du moins ce qu'il en reste…), est occasionnelle et, à l'image de leurs effectifs, "fifrelinesque".

Ailleurs dans le monde, les loups, coyotes, lynx ou autres ours peuvent occasionner une certaine prédation, principalement vis-à-vis des renardeaux.

Espérance de vie

Renard mortSi en captivité le renard peut vivre de 10 à 14 ans, son espérance de vie n'excède pas beaucoup les deux-trois ans en milieu naturel.

En France, la mortalité est principalement due aux accidents de la route. La forte densité du réseau routier affecte principalement les jeunes et les individus itinérants. La pression de la chasse contribue elle aussi à réduire l'espérance de vie, tandis que l'impact de la prédation naturelle demeure quant à elle négligeable.

Comme dans toutes les espèces animales, les jeunes sont aussi particulièrement vulnérables lors de leur première année de vie. Peu expérimentés, souvent à la recherche d'un territoire, ils peuvent mal supporter les affres de la faim et du froid au cours de leur premier hiver.

Intérêt dans l'écosystème

N'en déplaise aux éleveurs de volaille, le renard, avant d'être le bourreau des gallinacés, est avant tout un "éboueur" de la nature, partisan comme beaucoup de prédateurs de la loi du moindre effort. Il joue un rôle particulièrement utile en éliminant les animaux les plus faibles, malades ou âgés ainsi que les charognes. Son activité de prédation vis à vis des campagnols et mulots en fait également un auxiliaire précieux de l'agriculture.

Importance vis à vis des activités humaines

Si pendant longtemps le renard a été intensivement pourchassé pour sa fourrure et son activité de pilleur de poulaillers, il l'est aujourd'hui également la cible toute désignée des sociétés de chasse qui lui reprochent son activité de prédation vis à vis du petit gibier.

Qu'en est-il réellement ? Sans nier l'existence même des dégâts occasionnés, il me semble cependant que leur importance économique réelle est très faible et ne justifie absolument pas les massacres dont cette espèce animale est depuis longtemps l'objet.

Voir aussi : Point de vue : et si l'on parlait un peu de la chasse au renard ?

Importance vis à vis des problématiques de santé publique

Le renard est connu comme étant l'un des vecteurs majeurs naturels de la rage. Il n'existe aucune thérapeutique à l'encontre de cette maladie transmissible à l'homme et qui demeure donc constamment mortelle dès lors que les signes cliniques sont apparus.

Deux conceptions différentes ont été mises en oeuvre afin de lutter contre l'expansion de la maladie sur le territoire français : la limitation des populations de renards par battues et la vaccination. Seule la seconde méthode a fait preuve d'efficacité, au point de rendre le territoire national pratiquement vierge de cette pathologie.

 

 

Quelques ouvrages sur le renard
  1. Meia, J.-S. Le renard.
    Delachaux et Niestlé, Paris, 2003. ISBN 2-603-01303-3
    Monographie présentant toutes les connaissances actuelles sur le renard et ses moeurs. Nombreuses photos en couleurs. Bibliographie.
  2. Burrows, R. Wild Fox.
    David a Charles, 1968
  3. Jost JP et YC
    Le Renard
    Aspect, comportement, urbanisation
    Cabédita - Collection Regard et connaissance - 2005
    ISBN 2-88295-429-8

 


Classe : Mammifères
Ordre : Carnivores
Famille : Canidés
Genre : Vulpes
Nom binomial : Vulpes vulpes


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