Redécouverte du pic à bec d'ivoire en Arkansas
> 05 août 2005
Le magnifique pic à bec d'ivoire (Campephilus principalis), que l'on croyait éteint depuis plus de 60 ans, compte encore au moins un représentant dans les Big Woods de l'Arkansas (USA) selon la revue Science.
Ce grand oiseau, dont la grâce a été immortalisée par J.J. Audubon au XIXe siècle, peuplait autrefois les forêts marécageuses du sud-est du Mississipi. L’exploitation effrénée des forêts composant son habitat a quasiment eu raison de l’espèce dont aucun spécimen vivant n’avait été observé avec certitude depuis 1944. L’IUCN (International Union for the Conservation of Nature and Natural Resources) avait d’ailleurs officiellement proclamé l’espèce éteinte en 1996.
Certains témoignages laissaient cependant supposer que l’espèce n’avait pas totalement disparu, mais aucun d’entre eux ne pût être pris en charge, faute de preuves. Il existe en effet un risque de confusion avec le Grand Pic (Dryocopus pileatus), espèce voisine encore assez abondante.
Ce n’est qu’au début 2004 que l’acharnement de certains ornithologues à retrouver l’oiseau a porté ses fruits. Formellement identifié à maintes reprises, il a pu être finalement filmé pendant quelques secondes. Malgré la mauvaise qualité du film et de la grande distance qui séparait l’observateur de l’oiseau, celui-ci a bien été identifié comme un pic à bec d’ivoire.
L’oiseau tant recherché a depuis été plusieurs fois observé, mais toujours seul et de manière fugitive.
Tout le monde espère maintenant qu’il ne s’agit pas d’un seul et unique spécimen, et surtout qu’il n’est pas le dernier représentant de l’espèce ! En attendant d’en savoir plus, les organismes en charge de la préservation et de la réhabilitation des espaces naturels locaux se félicitent des actions entreprises depuis plusieurs années, même si elles paraissent toujours insuffisantes.
En dépit de la bonne nouvelle que constitue la redécouverte d’une espèce que l’on croyait à jamais disparue, il n’en demeure pas moins que la survie à long terme du pic à bec d’ivoire est loin d’être assurée.
D’une part, les effectifs de la population de cet oiseau sont probablement très faibles et il n’est pas sûr qu’elles suffisent à assurer la pérennité de l’espèce.
D’autre part, les données actuellement disponibles indiquent que le territoire vital d’un couple avoisine les 15 km2 de forêt marécageuse intacte. Or les intenses perturbations infligées à cet écosystème depuis près d’un siècle ont conduit à son morcellement et à la création d’ilots de faible superficie incapables d’accueillir le pic. La création de voies de navigation favorisant l’exploitation forestière a aussi entraîné un important phénomène d’érosion des berges et de sérieuses modifications des zones humides ou aquatiques modifiant les essences d’arbres qui y poussent. Ces changements drastiques de biotope pourraient s’avérer fatals pour le Campephilus.
Enfin, il reste à souhaiter que la médiatisation dont à fait preuve la redécouverte du pic à bec
d’ivoire n’engendre pas d’effets pernicieux tels que le braconnage ou les dérangements intempestifs pouvant
nuire à la survie de l’oiseau.
Références
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KENNEDY D. The Ivory-bill returns. Science, 3 June 2005, 308, 1377.
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WILCOVE DS. Enhanced: Rediscovery of the Ivory-billed woodpecker. Science, 3 June 2005, 308, 1422-1423.
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FITZPATRICK JW et al. Ivory-billed woodpecker (Campephilus principalis) persists in continental North America. Science, 3 June 2005, 308, 1460-1462.
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DALTON R. Ivory-billed woodpecker raps on. News@Nature (01 August 2005) News.
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DALTON R. Ivory-billed woodpecker under scrutiny. News@Nature (18 July 2005) News.
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